Kirghizistan (République kirghize)

Asie

PIB / Habitant ($)
2 018,9 $
Population (en 2021)
6,9 Millions

Evaluation

Risque Pays
C
Climat des affaires
D
Précédemment
C
Précédemment
D

suggestions

Résumé

Points forts

  • Ressources minérales (or, charbon, mercure) et potentiel pour l’extraction de l’uranium
  • Grands travaux d’infrastructure électrique et de transport, mise en service prochaine du Central Asia South Asia Electricity Transmission and Trade Projet (CASA-1000)
  • Remises de la diaspora (20% du PIB)
  • Position stratégique sur le couloir de transit entre la Chine et l’Europe
  • Assurance du soutien financier des bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux, notamment la Chine
  • Membre de l’Union Economique Eurasiatique (UEEA), de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) et de la Belt and Road Initiative (BRI) chinoise

Points faibles

  • Faiblesses
  • Territoire enclavé et coupé en deux par les massifs montagneux
  • Economie peu diversifiée, dépendante à l’or et aux précipitations (hydroélectricité)
  • Dépendance économique et politique majeure à la Russie (transferts des travailleurs émigrés, présence militaire, importations de pétrole) et à la Chine (investissements, prêts, commerce)
  • Gouvernance défaillante et environnement des affaires dégradé (corruption, crime organisé, informalité, protectionnisme incluant l’expropriation)
  • Instabilité politique et sociale ; successions de révolutions (2005, 2010 et 2020) sur fond de pauvreté, de coupures de courant
  • Régime autoritaire : musellement de la presse, arrestation d’opposants et concentration des pouvoir au sein de l’exécutif

Echanges commerciaux

Export des biens en % du total

Royaume-Uni
29%
Russie (Fédération de)
24%
Kazakhstan
11%
Ouzbékistan
10%
Hong Kong
4%

Import des biens en % du total

Chine 45 %
45%
Russie (Fédération de) 19 %
19%
Kazakhstan 6 %
6%
Europe 5 %
5%
Ouzbékistan 4 %
4%

Perspectives

Les perspectives économiques mettent en lumière les opportunités et les risques à venir, aidant à anticiper les changements majeurs. Cette analyse est essentielle pour toute entreprise cherchant à s'adapter aux évolutions du marché.

Moindre progression des remises des expatriés

Jusqu’en 2025, la croissance a été vive en lien avec la progression des remises d’expatriés en Russie. Elle ralentit nettement cette année sous l’effet de la normalisation de celles-ci. Mais reste élevée, car ces remises continuent de soutenir la consommation des ménages, tandis l'investissement et les exportations d'or croissent. Le secteur aurifère, dont la production repart à la hausse cette année, constitue une composante majeure mais instable du PIB : la seule mine de Kumtor (anciennement détenue par Centerra Gold, nationalisée en 2022, représentant 46% de la production totale d’or en 2025) en a représenté près de 8% en 2025. Elle a rapporté environ USD 546 millions en impôts et dividendes à l’Etat, soit 27% des recettes budgétaires. Mais la volatilité du cours de l’or rend les exportations (35% du total en 2025, mais 66% en 2026) et les recettes publiques irrégulières. La croissance est aussi tirée par la construction (+60% au T1 2026), aussi dans l’énergie comme en témoignent les cascades hydroélectriques Suusamyr-Kokomeren (USD 3,3 Md) et Kazarman (6 Md) et le barrage de Kambarata-1 (4,5 Md) et la mise en service de treize petites centrales hydroélectriques en 2026. En outre, la construction du chemin de fer reliant la Chine, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan se poursuit.

Depuis le début de la guerre en Ukraine (2022), la croissance a aussi été portée par l'essor des réexportations (principalement de biens chinois, mais aussi européens) vers la Russie. L’Etat ne les comptabilise pas officiellement du fait de son appartenance à l'Union douanière eurasiatique. Ce faisant, il contournerait les sanctions occidentales. Environ 40% des importations (hors carburants) seraient réexportées vers la Russie, stimulant au passage l'activité locale directement (étiquetage, assemblage) et indirectement (recettes douanières, réseaux de transport). Toutefois, dans le cadre du mécanisme anti-contournement, l'UE a durci, en avril 2026, les restrictions sur certains biens à double usage (radio, télécommandes). Les recettes d’exportations sont donc amenées à s’essouffler, contribuant au ralentissement de cette année.

La consommation privée demeure un important moteur de croissance (environ +24% en 2025), soutenue par la hausse des salaires réels (estimée autour de 18%), l'expansion du crédit (+49% au secteur privé en 2025) et des transferts des expatriés élevés. Elle devrait toutefois ralentir cette année sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie et du resserrement monétaire. Les prix domestiques, sensibles aux conditions externes (poids élevé des importations dans le panier de consommation) et à une demande interne vigoureuse, accélèrent : l’inflation se maintiendra à un niveau élevé en 2026-2027. En réaction, la Banque nationale de la République kirghize (NBKR) a relevé son taux directeur de 100 points de base, de 11% à 12%. Mais, compte tenu de la faible transmission du taux directeur, la NBKR s'appuie surtout sur un renforcement de la gestion de la liquidité. En parallèle, malgré d'importantes ventes de dollars pour stabiliser le som, les réserves de change ont fortement augmenté grâce à l'accumulation et à la revalorisation de l'or, atteignant l'équivalent d'environ 7 mois d'importations en juillet 2026.

Des dépenses en hausse et des recettes aurifères en baisse accentuent les déséquilibres

Le solde budgétaire basculera dans le rouge cette année sous l’effet du ralentissement des recettes aurifères, de l’accélération des dépenses d'investissement (35% des dépenses publiques) et de la hausse salariale. Cette revalorisation atteint 50% pour certaines professions (enseignants, médecins, fonctionnaires), portant la charge salariale à 37% des dépenses. Malgré une fiscalité relativement légère, le pays reste confronté à une informalité très élevée (estimée à 19 % du PIB et 65 % de la main-d'œuvre). La formalisation est un enjeu clé pour élargir l'assiette fiscale, les recettes fiscales atteignant déjà environ 22% du PIB en 2025.

La balance commerciale affiche un large déficit qui se répercute sur le solde courant, reflétant la faible diversification de l’économie. Le Kirghizstan exporte principalement de l’or, des pierres précieuses et du pétrole raffiné. En 2025, les exportations d’or ont nettement reculé. Entre novembre 2025 et mai 2026, aucune exportation d’or n’a été enregistrée. Toutefois, la croissance des exportations reste limitée par l'enclavement et le relief. Le Kirghizistan demeure parallèlement dépendant des importations de produits manufacturés, qui représentent près de 70 % du total, notamment les machines, les véhicules et les biens de consommation provenant principalement de Chine, ainsi que les produits pétroliers importés de Russie, du Kazakhstan et Ouzbékistan. Elles devraient progresser légèrement en 2026 et en 2027. Le solde des services devrait rester légèrement déficitaire, les recettes de tourisme, du transport et du commerce régional ne compensent que partiellement les paiements de services à l’étranger. Les remises d’expatriés ont progressé de 16 % en 2025, notamment grâce à l’appréciation du rouble. Le déficit courant est couvert par les prêts extérieurs, les crédits commerciaux, et les financements institutionnelles mais les IDE restent encore modestes (1,5 % PIB). Enfin, malgré d'importantes ventes de dollars pour stabiliser le som, les réserves de change ont fortement augmenté grâce à l'accumulation et à la revalorisation de l'or, atteignant l'équivalent d'environ 7 mois d'importations en juillet 2026. La persistance des déficits budgétaires et extérieurs entraîne une hausse de l'endettement. Un environnement des affaires difficile limite les flux d'investissements directs étrangers (IDE), qui proviennent principalement de Chine et de Russie ou concernent des projets dans le secteur aurifère.

Les déficits conduisent le pays à s'endetter davantage. Le climat des affaires risqué limite les IDE à de minces flux chinois, russes ou ciblés vers l'or. La dette domestique (40% de la dette totale) est passée de 11% à 16% du PIB (2024-2025), via l'émission de titres locaux auprès des banques. En parallèle, le pays a émis en 2025 son premier Eurobond souverain (USD 700 millions), suivi d'un Eurobond de la banque publique commerciale Eldik Bank (USD 300 millions). En effet, le financement reste majoritairement externe. La dette publique externe, prend la forme de prêts concessionnels multilatéraux (34% détenus par la Banque asiatique de développement) et bilatéraux, les créanciers chinois en détiennent 28 %. Le service de la dette rapporté aux recettes publiques s'alourdit (de l'ordre de 12 % en 2025).

Affirmation du pouvoir présidentiel et dépendance persistante à la Russie et à la Chine

Au début des années 2000, le Kirghizistan était présenté comme un modèle « démocratique » dans la région, mais la succession d'épisodes révolutionnaires (2005, 2010, 2020) témoigne d'un mécontentement populaire persistant face aux poussées d'autoritarisme. En 2020, sous la pression de manifestations dénonçant des résultats législatifs frauduleux, le président Sooronbay Jeenbekov démissionne. Sadyr Japarov remporte la présidentielle qui suit, en janvier 2021. Dès avril 2021,il fait modifier la Constitution afin de renforcer le pouvoir présidentiel au détriment de celui du Parlement et de pouvoir se représenter. Depuis lors, il s'efforce d'accroître son emprise sur la vie politique, en faisant adopter des lois restreignant la liberté de la presse et en faisant arrêter militants et journalistes d'opposition. Les élections législatives anticipées du 30 novembre 2025, marquées par une participation de seulement 36 % et par l'absence de véritable opposition, ont été remportées par des candidats proches du président, 83 des 90 sièges. Japarov devrait remporter largement l'élection présidentielle de janvier 2027, suite au retrait de Kamtchybek Tachiev, compagnon de route de longue date, après sa condamnation pour tentative de coup d’Etat.

Le Kirghizistan appartient à trois grandes organisations interétatiques régionales : l'Union économique eurasiatique et l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), dirigées par la Russie, et l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), alliance économique et militaire incluant la Chine. Cette appartenance matérialise les liens étroits avec Pékin et Moscou. Ancienne république soviétique, le pays reste tributaire de la Russie pour les transferts de fonds des expatriés et le carburant. La Russie joue aussi un rôle culturel et militaire : elle dispose d'une base aérienne près de Bichkek et se montre sourcilleuse sur l’emploi du russe. En parallèle, avec la Chine, il poursuit ses efforts pour accélérer la connectivité et le commerce, le rendant toujours plus dépendant économiquement et politiquement. En décembre 2025, le chemin de fer Chine-Kirghizistan-Ouzbékistan, inscrite dans les Nouvelles routes de la soie, a franchi une étape décisive avec la signature d'un accord de financement de USD 2,3 milliards sur un coût total estimé à 4,7 milliards.

À l'inverse, les relations avec l'Occident sont plus mesurées. L'Union européenne entendait renforcer ses liens avec Bichkek à travers un accord de partenariat et de coopération renforcé (EPCA) conclu en 2024, mais elle a, à l’occasion d’un nouveau train de sanctions contre la Russie, adopté des mesures affectant directement le pays. Elle cible une banque kirghize, des plateformes de crypto-actifs et plusieurs entités soupçonnées de faciliter le contournement des sanctions. Enfin, le Kirghizistan entretient des relations économiques étroites avec le Kazakhstan et l'Ouzbékistan qui hébergent des expatriés et fournissent du carburant. Ses relations avec le Tadjikistan sont en revanche historiquement plus tendues, en raison de différends frontaliers récurrents dans la vallée de Ferghana, mais un accord signé en mars 2025, devrait régler définitivement la délimitation de leur frontière.

Dernière mise à jour : août 2026