Croissance économique tirée par le pétrole et l’agriculture
Après 6,9 % en 2025, la croissance, toujours tirée par le secteur pétrolier et l'agriculture, s’effriterait légèrement à 6,7 % en 2026 puis 6,5 % en 2027. Le pétrole est récemment devenu le principal moteur de la croissance des exportations, alors que l'uranium constituait historiquement le premier poste. Concernant les infrastructures pétrolières, l’oléoduc historique reliant les gisements d’Agadem à la raffinerie SORAZ de Zinder est passé dans le patrimoine de l'État en mai 2026 (géré par la société publique SNPI tout juste créée). Cela s’intègre dans l’accord signé avec la société pétrolière publique chinoise CNPC en mai 2026. Cet accord baisse le tarif de transport par l’oléoduc jusqu’au terminal pétrolier béninois de 27 à 15 $/baril. Il prévoit aussi la cession de 45% du capital de WAPCO, exploitante du tronçon nigérien et filiale de CNPC, à l’Etat. Cependant, cet oléoduc continue d'afficher des résultats décevants (environ 50 % des objectifs de débit prévus). Enfin, l’industrie uranifère, marquée par la nationalisation de Somaïr (filiale du français Orano) en 2025, fonctionne au ralenti. Des nouveaux partenaires sont recherchés. La société nationale TNUC, créée en 2024, a signé un accord avec le russe Uranium One pour développer de futures mines. Le groupe canadien Global Atomic reste le seul opérateur occidental encore présent, avec le soutien explicite de l'État (20% de participation publique dans sa filiale SOMIDA), visant une mise en service de sa mine de Dasa au second semestre 2026.
Bien que le secteur pétrolier monte en puissance, l’économie reste portée par l’agriculture qui représente 40 % du PIB et 80 % de l’emploi. Les céréales pluviales (mil et sorgho essentiellement) constituent la base de l’alimentation (85 % pour la consommation nationale). L’année 2025 a vu une forte reprise de la production céréalière qui devrait se prolonger en 2026. Pour conforter ce secteur essentiel, la Banque mondiale a entrepris 24 opérations (14 nationales et 10 régionales) pour 4,7 milliards USD dont 11% alloués directement à l’agriculture. Elle finance notamment le développement de l’irrigation et de l’élevage (PACIPA) visant l’extension de la surface irriguée (18 000 à 39 700 hectares d’ici 2027). Elle finance aussi un programme de résilience des systèmes alimentaires (PRSA) qui prévoit la distribution de semences et d’engrais, ainsi que le partage d’informations agro-hydro-météorologiques avec environ 70 000 producteurs. L’agriculture représente un potentiel significatif pour le Niger sous réserve d’une meilleure résilience aux chocs climatiques, de meilleures routes et d’une indépendance énergétique. Dans cette optique, divers chantiers se déroulent : l’achèvement prochain du barrage hydroélectrique de Kandadji, mis en œuvre par la société chinoise China Gezhouba, fournirait 130 MW d’électricité qui permettront l’irrigation de 45 000 hectares. Une centrale thermique financée par l’Algérie a été mise en service, tandis que le complexe charbonnier à Salkadamma a été déclaré d’utilité publique en juin 2026.
Après la baisse généralisée des prix en 2025 liée aux bonnes récoltes et à l’effet de base, l’inflation est repartie modérément en 2026. Parallèlement, la consommation des ménages progresse de 6,3 %. Afin de soutenir l’activité économique et d’assouplir les conditions de financement, la BCEAO a diminué son principal taux directeur de 0,25 point de pourcentage, de 3,25 % à 3,00 %. En parallèle, le gouvernement a introduit dans la loi de finances 2026 des mesures de soutien au pouvoir d’achat et à la production nationale, tandis que le déficit public devrait temporairement se creuser en raison de dépenses d’investissement différées et de besoins de réhabilitation post-inondations.
Gestion budgétaire prudente et atout pétrolier
Le déficit budgétaire se stabilise autour de 3 %, soit la norme UEMOA, grâce à la hausse des recettes publiques dans le cadre de la consolidation soutenue par le FMI. L’État devrait percevoir davantage de recettes grâce à l’augmentation des exportations de pétrole, la réduction des exonérations fiscales, un prélèvement fiscal généralisé et la lutte contre la corruption. En outre, la gestion des finances publiques s’améliore?avec le déploiement progressif du Compte Unique du Trésor (CUT), une mobilisation fiscale ciblée et la réduction des arriérés. Les dépenses prioritaires?sont préservées : la sécurité, la santé, la reconstruction, l’assistance aux ménages vulnérables. Des dépenses augmentent comme les investissements structurants?: irrigation, énergie (barrage), grands projets favorisant la production nationale. Le budget devrait conserver sa trajectoire en 2027, si les dépenses sécuritaires et humanitaires ne s’alourdissent pas trop.
Le ratio d’endettement public est très inférieur à la norme communautaire UEMOA de 70 %. 61 % de la dette est détenue par des créanciers externes?: multilatéraux et bilatéraux à des conditions concessionnelles. Le FMI devrait valider un 10ème décaissement au titre de la Facilité élargie de crédit) qui servira à couvrir les besoins de financement externe. Le solde de la dette est détenu par le secteur bancaire local et régional au travers de titres publics (taux généralement supérieur à 10%). Le pays fait face à un important pic de refinancement en 2026 : 869,01 Mds FCF (1,3 milliards d’euros) de titres publics arrivent à échéance, soit 43 % de l’encours.
Le déficit courant est structurel, car, même si les exportations augmentent (concentrées sur quelques produits extractifs et agricoles), beaucoup d’équipements et de services sont importés pour pallier le manque de transport, d’équipement et de compétences (notamment d’expertise extractive), L’amélioration viendra surtout du pétrole, grâce à l’oléoduc Niger-Bénin permettant d’exporter déjà une large part des 35 millions de barils produits en 2026. ?La nationalisation d’entreprises extractives étrangères, l’harmonisation des salaires entre nationaux et étrangers, et la réduction du nombre de postes occupées par des travailleurs chinois, réduisent les sorties nettes au titre des revenus primaires. Les revenus secondaires amortissent le déficit courant, mais leur contribution a diminué depuis 2023 avec la baisse des aides budgétaires.
Risque sécuritaire accru et rejet des partenaires historiques
Le 26 juillet 2023, le président Mohamed Bazoum, élu démocratiquement en février 2021, a été renversé par des militaires de la garde présidentielle. Ralliés par d’autres composantes des forces armées, les putschistes ont créé le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) avec à sa tête Abdourahamane Tiani, président autoproclamé. Le 26 mars 2025, une charte de transition est entrée en vigueur, fixant à cinq ans la période transitoire avant des élections en 2030, prorogeable en cas de risques sécuritaires ou de retards dans les réformes. Cette charte a aussi dissous les 172 partis politiques existants. Le soutien populaire initial entretenu par les nationalisations s’essouffle en raison de la pauvreté toujours très élevée (41% de la population), mais surtout de l’insécurité permanente. En effet, la junte doit composer avec l’insurrection jihadiste en provenance du Burkina Faso et du Mali (deux attaques sur l’aéroport de Niamey en janvier et juillet 2026).
Depuis le renvoi des forces occidentales, notamment françaises, le Niger renforce sa coopération sécuritaire avec le Mali et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Les relations avec l’Algérie s’améliorent comme en témoignent le retour des ambassadeurs en 2026 et la reprise de la construction du gazoduc Nigeria-Niger-Algérie. Le dialogue reprend aussi avec le Bénin qui vient d’élire un nouveau président, Romuald Wadagni, avec, en perspective, la réouverture de leur frontière terrestre.
Le rapprochement avec la Russie s’est confirmé avec la visite de Sergueï Lavrov à Niamey en juillet 2026. Cette visite visait à approfondir la coopération militaire et technique (Africa Corps). Le Niger consolide ses liens avec d’autres États non occidentaux à l’instar de la Chine et de la Turquie. A l’inverse, les relations avec l’Occident (qui absorbe 51% des exportations nigériennes), et tout particulièrement la France, et les Etats-Unis se sont dégradées.

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