Tunisie

Afrique

PIB / Habitant ($)
3 967,5 $
Population (en 2021)
12,2 Millions

Evaluation

Risque Pays
C
Climat des affaires
C
Précédemment
C
Précédemment
C

suggestions

Résumé

Points forts

  • Economie relativement diversifiée : agriculture, tourisme, industrie manufacturière, transports
  • Proximité du marché européen
  • Ressources naturelles (olives, phosphates et hydrocarbures) mais soumises à la météo et aux grèves
  • Compétitivité des équipements automobiles, aéronautiques, médicaux produits en zones franches bénéficiant de facilités
  • Remboursement de la majeure partie des Eurobonds, réduction du risque de refinancement extérieur
  • Action présidentielle contre la corruption, l’évasion fiscale et le blanchiment

Points faibles

  • Exposition à la conjoncture européenne et à la concurrence régionale et asiatique
  • Agriculture peu productive exposée aux aléas météos
  • Dépendance au gaz algérien et aux importations de biens d’équipement et de consommation
  • Manque d’investissement, épuisement des gisements d’hydrocarbures, activités à faible valeur ajoutée, modèle bon marché de l’offre touristique
  • Concentration des pouvoirs à la présidence, faible adhésion populaire
  • Lenteurs administratives et judiciaires, informalité, corruption, contrôle des capitaux, du change et des importations
  • Chômage des jeunes (40%), émigration des diplômés, inégalités régionales
  • Déficit public élevé, alimenté par des dépenses courantes disproportionnées
  • Absence d’accord avec le FMI et accès limité aux marchés internationaux, aggravé par des lacunes dans la transparence des données
  • Dépendance aux banques locales et à la Banque centrale pour financer le déficit, ce qui accroît les risques financiers et nourrit l’inflation

Echanges commerciaux

Export des biens en % du total

Europe
64%
États-Unis d'Amérique
5%
Libye
4%
Suisse
2%
Algérie
2%

Import des biens en % du total

Europe 41 %
41%
Chine 8 %
8%
Russie (Fédération de) 8 %
8%
Algérie 7 %
7%
Brésil 5 %
5%

Perspectives

Les perspectives économiques mettent en lumière les opportunités et les risques à venir, aidant à anticiper les changements majeurs. Cette analyse est essentielle pour toute entreprise cherchant à s'adapter aux évolutions du marché.

Agriculture et tourisme en soutien, industrie sous pression

La modeste reprise de 2025 devrait continuer en 2026. L’agriculture (10% du PIB) – notamment les céréales et l’huile d’olive – bénéficie de conditions météorologiques favorables et l’activité dans la construction progresse. Néanmoins, l’agriculture reste vulnérable à la sécheresse, malgré l’ouverture de trois nouvelles usines de dessalement d’eau de mer. Les services (70% du PIB) affichent une croissance soutenue, portée par le dynamisme du tourisme et des activités connexes. Les arrivées de visiteurs étrangers ont progressé de 10,3% en glissement annuel à fin novembre 2025 par rapport à la même période en 2024. Mais l’essor pourrait être freiné par la compagnie nationale Tunisair qui, fragilisée financièrement, ne pourra pas augmenter ses capacités suffisamment. Le secteur manufacturier (16%), habillement et composants mécaniques et électriques pour l’automobile, souffre de l’atonie de la demande européenne et de la concurrence. Les efforts pour développer des segments sophistiqués plus porteurs, tels que l’aéronautique, le médical ou la pharmacie se heurtent aux réticences des investisseurs étrangers refroidis par l’instabilité politique et sociale, ainsi que par la forte pression fiscale (impôts=34% du PIB). Les industries extractives, notamment les hydrocarbures et les phosphates sont fragilisées par les grèves et l’absentéisme. L’agro-industrie se distingue par son dynamisme. Les autorités cherchent à attirer des IDE grâce aux partenariats public-privé dans les secteurs des transports, de l’eau, de la gestion des déchets ou encore de l’énergie, mais ils restent insuffisants pour soutenir la transformation industrielle.

Tout comme l’investissement étranger, l’investissement domestique est freiné par la fragilité politique et sociale. En plus, il est confronté à une forte pression fiscale, les impôts représentant plus du tiers du PIB, ainsi qu’à la parcimonie des banques – l’Etat captant une part importante du crédit. Cependant, lorsque l’Etat aura remboursé sa dernière euroobligation en juillet 2026, la situation pourrait s’améliorer sur le second point. L’investissement public sera contraint par la situation budgétaire difficile, les recettes étant absorbées par les salaires, le service de la dette et les subventions coûteuses.

Avec le chômage élevé (15%), en particulier chez les jeunes et les femmes, la consommation des ménages progresse modérément. Certes, les tensions inflationnistes sont adoucies par la baisse des prix mondiaux de l’alimentation et de l’énergie, ainsi que la moindre compression des importations. Cela a conduit la Banque centrale à ajuster son taux directeur en décembre 2025, le réduisant de 7,5% à 7%. Toutefois, la monétisation du déficit budgétaire alimente toujours les tensions. Malgré le contrôle de nombreux prix et la stabilité du taux de change, l’inflation alimentaire persiste, pesant sur les nombreux ménages à faible revenu.

Des comptes publics et extérieurs précaires

En 2026, la forte pression sur les finances publiques se maintiendra. Le déficit budgétaire pourrait se creuser légèrement, alimenté par la rigidité des dépenses : près de 93% des recettes fiscales sont absorbées par la masse salariale, les intérêts de la dette et les subventions. L’Etat maintient des prix administrés pour l’électricité et le gaz, bien en dessous des coûts réels. Par exemple, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) facture l’électricité à des tarifs qui ne couvrent que 40 à 60% des coûts. Cette sous-tarification oblige l’Etat à compenser la différence par des subventions. Par ailleurs, les entreprises publiques contribuent directement à ce déséquilibre par leurs pertes, combinées aux subventions, aux reports de dettes et aux garanties accordées par l’Etat. Elles représentent 22,1% du déficit public total. Toutefois, les autorités ont introduit des mesures pour accroître les recettes en 2026, comme la mise en place d’un impôt sur la fortune immobilière et mobilière (entre 0,5% et 1%), mais ces ajustements resteront insuffisants pour inverser la tendance.

Face à l’accès fermé aux marchés et à la parcimonie des partenaires internationaux, les autorités s’appuient de plus en plus sur des sources domestiques pour financer le déficit budgétaire. Cela inclut les emprunts en devises auprès de la Banque centrale utilisés en 2024 et 2025 pour rembourser de la dette extérieure. Cette pratique devrait se poursuivre en 2026 pour honorer le dernier remboursement d’Eurobond, soit 750 millions d’euros en juillet. Au total, le gouvernement a déjà emprunté 2,3 milliards de dollars (sans intérêts et remboursable sur 15 ans) sur 2024-2025 et prévoit d’augmenter ce montant à 3,8 milliards en 2026. La Banque centrale est désormais le principal bailleur, à un niveau représentant environ 4% du PIB, devant les banques commerciales domestiques, elles-mêmes fortement exposées aux entreprises publiques déficitaires. Le système bancaire se trouve donc très exposé au risque souverain. Le besoin de financement de l’Etat est estimé à 15% du PIB : 10% pour l’amortissement de la dette (5% externe, 5% domestique), en plus du déficit.

Le déficit courant pourrait aussi se creuser légèrement en 2026 en raison de l’aggravation du déficit commercial (9% du PIB). Nonobstant la baisse du prix de l’énergie, il se creusera sous l’effet de la hausse des importations tirées par la reprise de la demande intérieure et quelques nouveaux financements extérieurs. A l’inverse, les exportations resteront atones, pénalisées par la faible demande européenne, des contraintes internes (grèves, manque de financement, stagnation des phosphates) et les droits de douane américains (25%). Cette détérioration sera partiellement compensée par la progression modérée des recettes touristiques (5% du PIB) et des remises d’expatriés (6% du PIB). Les maigres investissements directs étrangers, ainsi que les quelques financements multilatéraux et bilatéraux visant à contenir les migrations et financer des infrastructures ne suffiront pas à financer totalement le déficit. Les réserves de change (3,4 mois d’importations à fin 2025) devront venir en renfort.

Présidentialisme contre amélioration des conditions de vie : le contrat sera-t-il respecté ?

En 2022, une nouvelle constitution adoptée par référendum a instauré une régime présidentiel fort, affaiblissant le pouvoir législatif et instaurant un contrôle présidentiel sur le gouvernement, les forces de sécurité et la justice. Malgré la faible adhésion de la population, illustrée par sa faible participation aux scrutins (11% lors des élections législatives de fin 2023, 28,8% à la présidentielle), Kaïs Saïed a été réélu président, en octobre 2024, avec 90,7% des voix, lors d’une élection marquée par la répression de l’opposition. Depuis, la centralisation du pouvoir, la marginalisation des partis politiques et la répression à l’encontre des figures de l’opposition alimentent le mécontentement. Les grèves se succèdent, menées par l’UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail), qui a appelé à une grève générale en janvier 2026. Malgré cela, le président continue à bénéficier d’un certain soutien populaire. Les manifestations rassemblent (encore) assez peu de monde. Cependant, un contrat a été passé : renforcement du pouvoir présidentiel contre une amélioration des conditions de vie. Bien que le président cherche à contenir la contestation par la dépense sociale, son style autoritaire et les remaniements gouvernementaux fréquents fragilisent l’efficacité administrative, et la corruption demeure malgré des réformes.

En 2023, Kaïs Saïed a rejeté le programme proposé par le FMI (1,9 milliard USD), qui incluait la réduction des subventions et la réforme des entreprises publiques, en raison du coût social qu’il a jugé trop élevé. Cependant, des partenaires occidentaux et du Golfe continuent de fournir un soutien financier limité pour, entre autres, contenir la pression migratoire subsaharienne, assurer un approvisionnement alimentaire adéquat et financer des projets d’infrastructures. Sur le plan diplomatique, Tunis vise à maintenir une politique étrangère équilibrée, conservant ses liens avec l’Europe et les États-Unis tout en renforçant ses relations avec la Russie, la Chine et des puissances régionales comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Turquie et, surtout, l’Algérie, fournisseuse clé de gaz naturel.

Dernière mise à jour : janvier 2026

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