Croissance tirée par les hydrocarbures et la demande domestique
Une accélération temporaire de la croissance est prévue pour 2025, portée par la hausse de la production pétrolière et la relance budgétaire. Le secteur pétrolier reste central dans l’économie (35% du PIB et 75% des exportations), avec une production renforcée par l’expansion du champ de Tengiz et le démarrage de l’exploitation du pétrole de schiste. La demande intérieure demeure dynamique, portée par la désépargne des ménages, la réduction progressive de la pauvreté et l’accès facilité au crédit grâce à des prêts subventionnés et autres opérations quasi-fiscales (garanties de prêts, soutiens sectoriels ou sociaux…), tandis que la modernisation des infrastructures publiques soutient l’investissement. Parallèlement, le pays continue d’attirer des investissements directs étrangers, avec plusieurs projets majeurs dans les infrastructures, l’énergie et la métallurgie pour un montant total de 6 milliards d’euros en 2025. Cependant, dès 2026, la croissance devrait ralentir, pour retrouver son potentiel, freinée par la persistance des faiblesses structurelles hors du secteur des hydrocarbures. Cela s’explique par la réduction des mesures de soutien budgétaire, la stabilisation de la production d’hydrocarbures et le resserrement monétaire pour contenir l’inflation.
L’économie poursuit sa diversification, les services représentant déjà 56% du PIB, portés par la finance, le commerce et le transport, même si la productivité reste un frein. Le transport et la logistique connaissent une expansion rapide grâce à la demande des secteurs extractif et agricole, mais aussi au développement du corridor transcaspien (dit médian) et à l’intégration dans l’Initiative Belt and Road chinoise. Les volumes de fret sur le corridor médian ont bondi de 60% en 2024, soutenus par des investissements massifs dans les infrastructures ferroviaires et portuaires, ainsi que par des financements internationaux pour moderniser les routes et améliorer la connectivité régionale. De plus, la construction a progressé de 15,4% en volume, portée par des projets structurants dans la région de Mangystau (lieu de manifestations en 2023), tels que des établissements scolaires, des hôpitaux, des usines de dessalement et des oléoducs. L’industrie reste robuste (39% du PIB) mais dépendante des hydrocarbures, tandis que l’agriculture (4% du PIB) conserve un rôle stratégique : avec 215 millions d’hectares de terres agricoles et 12,7% de sa population active travaillant dans l’agriculture, le Kazakhstan est l’un des principaux exportateurs mondiaux de blé, mais son potentiel reste sous-exploité. Les énergies propres commencent à émerger. Le pays dispose de 148 installations d’énergie renouvelable générant près de 3000 MW, mais cela ne représentait encore que 5% du mix énergétique en 2024. Le Kazakhstan s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2060, avec des projets phares comme Hyrasia One pour l’hydrogène vert et des incitations pour attirer les investissements privés et étrangers.
Bien que projetée à la baisse, l’inflation reste l’un des principaux défis macroéconomiques avec des niveaux systématiquement supérieurs à l’objectif de 5% depuis cinq ans. Cette persistance s’explique par une demande intérieure soutenue, alimentée par le crédit, souvent subventionné, et autres stimuli budgétaires. A cela s’ajoutent des facteurs externes, notamment la transmission des tensions inflationnistes russes via les importations, amplifiées par la dépréciation du tenge, dans le sillage du rouble et de la baisse des cours du pétrole. Cette faiblesse de la monnaie nationale pousse la banque centrale à intervenir sur le marché des changes en vendant des devises issues de ses réserves et du Fonds national (NFRK), tout en maintenant une politique restrictive. Ainsi, elle neutralise les tenge servant à ses achats d’or produit localement en cédant les devises étrangères issues de la vente de cet or à l’export. Les anticipations d’inflation restent élevées et volatiles. Elles sont alimentées par la hausse des prix du carburant liée à la suppression progressive des subventions, l’augmentation programmée du taux de TVA de 12% à 16% en 2026 et la mise en œuvre du programme « Tarif en échange d’investissements ». Celui-ci autorise des hausses tarifaires en contrepartie d’engagements d’investissement des opérateurs pour moderniser les infrastructures énergétiques. Malgré un resserrement monétaire, l’inflation devrait rester au-dessus de la cible de la banque centrale au moins jusqu’en 2027
Un déficit limité par le recours à des financements non-conventionnels
Malgré la croissance économique soutenue, la situation budgétaire se fragilise sous l’effet de la baisse des prix du pétrole, qui a entraîné une chute des recettes liées aux hydrocarbures (3,2% du PIB au H1 2025 contre 5,6% un an plus tôt). Les recettes fiscales demeures insuffisantes, en raison d’une base étroite, de nombreuses exemptions et de prévisions trop optimistes, aggravées par la baisse du prix du pétrole. La réforme du Code des impôts, prévue pour 2026 et comprenant des augmentations d’impôts et des améliorations de l’administration fiscale, devrait permettre une légère hausse des recettes et soutenir une consolidation budgétaire. Pour limiter le déficit, le gouvernement recourt à des financements extraordinaires, tels que des ponctions sur le fonds souverain (NFRK) et des dividendes non conventionnels des entreprises publiques. Cette stratégie est peu viable à long terme, car elle se solde par une diminution de la valeur des actifs de l’Etat et retarde les réformes structurelles nécessaires pour élargir la base fiscale. La dette publique, encore faible selon les standards des pays émergents, progresse néanmoins, avec une hausse des coûts de service (2,7% du PIB en 2025).
Le déficit courant s’est nettement creusé en 2025. Cette dégradation résulte principalement de la baisse du prix et des volumes de pétrole exporté. Tandis que les exportations ont reculé, les importations ont augmenté, portées par une forte demande intérieure et par des projets d’infrastructure. Le déficit en revenus primaires demeure élevé, en raison du rapatriement des profits par les entreprises étrangères du secteur pétrolier, bien que son rythme ralentisse avec la baisse du prix du pétrole. Le déficit courant n’est pas financé par les IDE qui se sont fortement réduits, notamment avec la fin de grands projets pétroliers et gaziers (dividendes rapatriés par les majors pétrolières). Les réserves de change sont sollicitées. Du fait du montant particulièrement élevé des erreurs et omissions, on peut penser que le déficit courant est surestimé du fait de la non prise en compte de réexportations vers la Russie en contravention des sanctions occidentales. Dans le cadre de sa stratégie de diversification des exportations, l’Etat a soutenu, en juin 2025, l’implantation sur les marchés étrangers de 557 entreprises hors secteur extractif. Si le Kazakhstan exporte principalement vers l’Italie, la Chine, les Pays-Bas et la Russie, il cherche à renforcer ses relations commerciales avec l’Union européenne dans son ensemble, notamment dans les domaines de l’énergie, des infrastructures et des minerais métalliques. La Russie, toujours une partenaire stratégique, voit sa place se réduire dans le contexte de sanctions internationales et de réorientation logistique vers le corridor transcaspien.
Une influence croissante dans les corridors reliant la Chine et l’Europe
La politique intérieure reste marquée par la dynamique activiste du président Kassym-Jomart Tokaïev, qui cherche à consolider son autorité tout en façonnant l’image d’un « Nouveau Kazakhstan ». Depuis les émeutes sanglantes de janvier 2022 – déclenchés par une flambée des prix du carburant et amplifiées par la colère contre la corruption, les inégalités et l’absence de réformes – Tokaïev a marginalisé les réseaux de l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev, affaiblissant l’influence de ses fidèles dans les sphères économique et politique. Cette stratégie vise à dissocier son pouvoir des accusations d’accaparement des richesses pétrolières, qu’il attribue à l’ancien régime, tout en empêchant toute contestation coordonnée au sein de l’élite. Malgré l’annonce de réformes institutionnelles, sociales et économiques, le régime conserve une nature autoritaire. Le contrôle de la société civile, des médias et de l’opposition reste strict, et le pluralisme politique est quasi inexistant. L’abolition de la peine de mort et la création d’un Conseil constitutionnel n’ont pas suffi à renforcer l’Etat de droit : les institutions judiciaires demeurent peu indépendantes, compromettant l’accès à une justice équitable pour les citoyens comme pour les investisseurs étrangers. Le mécontentement populaire persiste, alimenté par la corruption perçue, le népotisme, la médiocre qualité de vie et les grèves, notamment dans le secteur énergétique. La réponse autoritaire du gouvernement face à la dissidence contribue à un climat politique et économique incertain, susceptible de dissuader les investisseurs et de fragiliser la stabilité à long terme.
La fermeture temporaire de la frontière entre la Biélorussie et la Pologne en septembre 2025, consécutives aux manœuvres militaires russo-biélorusses « Zapad-2025 », a perturbé le corridor ferroviaire Chine-Europe, incitant le Kazakhstan à accélérer le développement de routes alternatives, notamment du corridor transcaspien via l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie. Ce corridor est stratégique dans le contexte des sanctions contre la Russie, alors que le Kazakhstan est régulièrement accusé de faciliter le contournement des restrictions occidentales par la réexportation de biens sensibles (semi-conducteurs, composants électriques) vers la Russie, malgré la mise en place d’un système de traçabilité en 2023 dont l’efficacité reste limitée. Cette situation expose le Kazakhstan à des pressions occidentales et au risque de sanctions secondaires, renforçant l’urgence de diversifier ses routes commerciales et ses partenaires. Le pays bénéficie d’un soutien international pour le projet : l’Union européenne a annoncé 10 milliards d’euros d’investissements pour le développer, tandis que les Emirats arabes unis ont engagé 5 milliards de dollars dans les ports, la logistique et les infrastructures numériques. Sur le plan énergétique, le pays entretient des relations tendues avec l’OPEP+. Il dépasse régulièrement ses quotas de production (1,88 million de barils/jour en juin 2025 contre un quota de 1,5 million), invoquant la difficulté à imposer des coupes aux consortiums étrangers qui exploitent ses principaux champs (Tengiz, Kashagan, Karachaganak). Cette posture « Kazakhstan d’abord » aliment les frictions avec les membres influents. L’OPEP+ a même envisagé des hausses volontaires de production pour sanctionner les pays non conformes, accentuant la volatilité des prix et les tensions internes.

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