Modération de la croissance, soutenue par l’essor de l’IA et la demande intérieure
La croissance malaisienne devrait de nouveau se modérer en 2026. Le contexte international est marqué par le protectionnisme accru, alors que l’économie dépend fortement des exportations. Les droits de douane de 19% imposés par les Etats-Unis – deuxième partenaire commercial avec 13% des exportations en 2024 – pourraient peser sur les ventes. De plus, la normalisation des exportations, après leur forte progression début 2025 liée à l’anticipation des mesures protectionnistes de l’administration Trump, contribuera également au ralentissement de leur croissance. Cependant, la vive demande mondiale pour les semi-conducteurs et les centres de données, portée par l’essor de l’intelligence artificielle et du recyclage électronique, continuera de soutenir les exportations malaisiennes. Cette dynamique permettrait de compenser la contraction des ventes de produits pétroliers, deuxième poste d’exportation, affectées par la faiblesse des prix mondiaux de l’énergie. Le Nouveau Plan Industriel Directeur 2030 (NIMP2030), associé à de grands projets d’infrastructure, vise à stimuler la croissance dans les secteurs électronique, aérospatial et pétrochimique, en attirant des flux importants d’investissements directs étrangers. Des dépenses en capital élevées soutiendront l’investissement public. La consommation privée restera dynamique, favorisée par l’inflation modérée et la hausse des revenus. Cette dernière s’explique par le marché du travail solide – le taux de chômage ayant atteint 3 % en 2025 – et des mesures gouvernementales favorables, telles que les revalorisations salariales des fonctionnaires. Enfin, les services demeureront le principal moteur de l’économie (60% du PIB en 2024), tirés par le commerce, les TIC, les services financiers – en particulier la finance islamique – et le tourisme. Ce dernier sera stimulé par les dépenses liées à la campagne Visit Malaysia 2026 et l'augmentation de l'afflux de visiteurs chinois, compte tenu du conflit entre la Thaïlande et le Cambodge.
En 2026, l’inflation devrait légèrement s’accélérer, sous l’effet de nouvelles taxes et de la rationalisation des subventions. Notamment, la mise en place progressive d’un régime ciblé de subventions pour le carburant RON95 entraînera une hausse des prix pour les consommateurs exclus du dispositif, désormais soumis au prix de marché. Toutefois, la baisse des cours mondiaux de l’énergie et des denrées alimentaires devrait atténuer ces pressions, maintenant l’inflation dans la fourchette cible de la banque centrale (1,5% à 3%). Le taux directeur devrait ainsi rester stable à 2,75 % en 2026.
Poursuite de la consolidation budgétaire, dette publique élevée mais gérable
Le gouvernement maintiendra son objectif d’assainissement budgétaire, visant une nouvelle réduction du déficit en 2026. Le budget prévoit un recul des recettes non fiscales lié à la baisse des dividendes versés par la société nationale Petroliam, conséquence du repli des prix mondiaux de l’énergie. L’accent sera mis sur la maîtrise des dépenses de fonctionnement, avec la rationalisation des subventions comme principal levier. Parmi les mesures déjà engagées figurent la suppression de la subvention sur les œufs et la réforme de la subvention sur le carburant RON95. Les économies générées seront réorientées vers des dépenses de développement, notamment dans le capital humain, les infrastructures et le soutien social, avec un objectif minimal de 3% du PIB. Parallèlement, l’augmentation des droits d’accise sur l’alcool et le tabac, l’introduction d’une taxe carbone et l’extension de la taxe sur les ventes et services soutiendront la progression des recettes fiscales. De plus, l’accélération de la numérisation devrait contribuer à une meilleure mobilisation des recettes et au renforcement de la gouvernance. Enfin, la dette publique reste modérée et gérable, bien que proche du plafond légal fixé à 65% du PIB. Majoritairement domestique (76%), elle est presque entièrement libellée en monnaie locale (98%). Près des deux tiers de l’encours sont constitués de titres à long terme (supérieurs à cinq ans), réduisant ainsi les risques de refinancement.
La balance courante devrait rester excédentaire, notamment grâce aux exportations de biens (électroniques et électriques, notamment) et à la réduction du déficit des services dans le contexte d’un tourisme dynamique. Cet excédent pourrait toutefois être fragilisé par le renforcement du protectionnisme mondial, en particulier celui des États-Unis. Le rapatriement de leurs bénéfices par les entreprises étrangères ainsi que les envois de fonds des travailleurs étrangers contribueront à des déficits persistants sur le compte des revenus. Bien que les réserves internationales augmentent grâce à l’excédent récurrent du compte courant et aux flux d’investissements étrangers, leur ratio par rapport aux importations et leur capacité à couvrir la dette extérieure à court terme diminuent. Elles ne couvrent actuellement que quatre à cinq mois d’importations et près de 80 % de la dette extérieure à court terme. Enfin, la dette extérieure représentait 66% du PIB en 2024, dont près des trois quarts sont dus par des débiteurs privés. De plus, trois quarts de cette dette est libellée en devises.
Stabilité politique relative
Les élections de mai 2023 ont débouché sur un paysage politique divisé, marqué par les différences ethniques et religieuses, aucune des trois principales coalitions - Pakatan Harapan (PH), Perikatan Nasional (PN) et Barisan Nasional (BN) - n’ayant obtenu la majorité absolue. Grâce à l’intervention du roi, le PH (81 des 222 sièges parlementaires), le BN (30) ainsi que plusieurs partis régionaux - Sarawak (23) et Sabah (6) - ont accepté de former un gouvernement de coalition. Anwar Ibrahim, leader du PH, a été nommé Premier ministre. Malgré la diversité des intérêts au sein du gouvernement, la stabilité politique devrait se maintenir jusqu’aux élections générales prévues, au plus tard, en février 2028, grâce aux relations cordiales entre PH et BN et à une opposition affaiblie (69 sièges pour le PN). Toutefois, les factions pro-malaises de sa coalition– notamment l’UMNO au sein du BN, rival historique d’Anwar et du PH - obligent Anwar à maintenir les politiques d’action positive en faveur des Bumiputera (près de 70 % de la population), faute de quoi il risquerait de perdre leur soutien et de compromettre sa majorité parlementaire.
Face à l'escalade des tensions entre les États-Unis et le Japon, d’une part, et la Chine, d’autre part, la Malaisie est déterminée à maintenir ses relations avec les trois pays. Et ce, malgré son différend avec Pékin sur la mer de Chine méridionale, la Chine étant un partenaire commercial et une source d'investissement de premier plan. La Malaisie a signé un accord commercial réciproque avec Washington, fixant un tarif de 19 % sur ses exportations vers les États-Unis, tout en accordant des exemptions pour environ 12 % de ses exportations, dont les équipements aérospatiaux, les produits pharmaceutiques, le caoutchouc, le cacao et l’huile de palme. En contrepartie, la Malaisie s’engage à importer des biens américains, notamment des avions et des semi-conducteurs, pour un montant estimé à 170 milliards de dollars sur cinq ans. De plus, le pays a approfondi sa coopération en matière de sécurité avec les États-Unis et le Japon. Enfin, il cherche à diversifier ses partenaires commerciaux en concluant de nouveaux accords de libre-échange. Après la signature d’un ALE avec l’EFTA (Suisse, Norvège, Islande et Liechtenstein) en juin 2025, les négociations avec l’Union européenne en vue d’un accord similaire se poursuivront en 2026.

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