En 2026, léger ralentissement de la croissance en raison de la baisse du prix du gaz
En 2025, la croissance s’est accélérée, portée par les revenus tirés des exportations de gaz naturel liquéfié et de minerais (or, cuivre, nickel), dynamisés à la fois par des prix élevés et par l’augmentation des volumes extraits. Pour l’or, cette hausse tient notamment à la montée en puissance progressive de la mine de Porgera, remise en service fin 2023, ainsi qu’aux extensions des mines de Kainantu (toutes deux sur l’île principale) et de Lihir, à l’extrême est de l’archipel. Ces projets se poursuivront en 2026.
En 2026, la croissance devrait ralentir. La valeur des exportations progressera encore, mais à un rythme moins soutenu : les prix des produits agricoles (huile de palme, café, cacao, coco…) et du gaz naturel liquéfié (qui représente environ 40 % des exportations) pourraient être orientés à la baisse, tandis que ceux de l’or et du cuivre devraient encore croître. La hausse des dépenses publiques de fonctionnement, particulièrement sécuritaires, contribuera aussi à soutenir l’activité. Tout comme l’investissement public qui devrait s’intensifier dans les infrastructures routières, à l’image de la « Ramu Highway », une autoroute longeant la rivière Ramu sur l’île principale, partiellement financée par la Banque mondiale. Cet axe doit relier deux des principaux ports – Madang, sur la côte nord, et Lae, sur la côte est – en passant par Watarais, à l’intérieur des terres, où il se connectera à la « Highlands Highway », qui traverse l’île d’est en ouest. L’investissement privé se concentrera principalement sur les télécommunications et les mines d’or et de cuivre, avec notamment le grand projet Wafi-Golpu (65km à l’ouest de Lae), financé par le sud-africain Harmony et l’américain Newmont. Une incertitude demeure, cependant, pour des raisons écologiques, sur plusieurs projets : la décision d’exploiter les gisements sous-marins de terres rares reste suspendue, et le projet gazier « Papua LNG », mené par TotalEnergies, ExxonMobil et Santos, continue de faire débat en raison de son coût financier et environnemental.
Malgré la hausse du taux directeur (5% à l’automne 2025) et la diminution des pénuries de carburants – permise par l’augmentation des réserves de change et la réduction des arriérés de paiement auprès des fournisseurs étrangers –, l’inflation devrait rester élevée en 2026. Elle sera tirée par la dépréciation volontaire du kina, jusqu’ici surévalué, ainsi que par le coût élevé de l’énergie, la production électrique et les liaisons aériennes inter-îles dépendant fortement des importations de carburant. L’inflation alimentaire devrait toutefois rester contenue, grâce à la hausse de la production agricole (80 % de la population pratique la culture vivrière) et à la prolongation de l’exonération de TVA pour 13 produits alimentaires « essentiels ». La consommation des ménages progresserait ainsi à un rythme modéré.
Poursuite de la consolidation budgétaire, mais risque souverain encore élevé
En 2026, la réduction du déficit public devrait se poursuivre. Les budgets des ministères de la défense, de l’intérieur et de la justice seront nettement revus à la hausse, dans l’objectif de diminuer l’insécurité et prévenir l’éclatement de heurts entre gangs rivaux dans les grandes villes, entre communautés locales et employés autour des mines, et entre tribus dans les territoires ruraux. Ces affrontements récurrents et multiformes font régulièrement des dizaines de morts et de blessés et perturbent l’activité économique. Les dépenses d’investissement – essentiellement dans les axes routiers – et les subventions destinées à stimuler les exportations agricoles (huile de palme, cacao…) seront aussi en hausse, tout comme les budgets de l’éducation et de la santé (augmentation des salaires, campagne de vaccination, participation aux frais de scolarité). Enfin, comme mentionné plus haut, l’exonération de TVA sur 13 produits alimentaires basiques sera maintenue. Cependant, les recettes augmenteront plus rapidement que les dépenses, grâce à la hausse des revenus miniers et des dividendes versés par les entreprises publiques, ainsi qu’à la réforme du système fiscal (Income Tax Assessment Act) et au renforcement des administrations fiscales qui devraient permettre une augmentation des recettes sans relever le taux de l’imposition sur le revenu, ni les droits de douane.
Le ratio dette/PIB devrait continuer à décroître. Environ la moitié de la dette est domestique, tandis que 53 % de la dette extérieure est détenue à titre concessionnel par des créanciers multilatéraux (FMI, Banque mondiale, Banque asiatique de développement). Le solde revient à des créanciers bilatéraux, principalement l’Australie et la Chine, et, à hauteur de 2 % du PIB, à des investisseurs privés via une euro-obligation arrivant à maturité en 2028. Le paiement de cette échéance, combiné à la pénurie persistante de devises étrangères, maintient un risque de défaut élevé selon le FMI, malgré la consolidation rapide des comptes publics. Les retards de paiements extérieurs ont commencé à se réduire grâce à la hausse des réserves de change, et les récents décaissements effectués dans le cadre des programmes FMI contribuent aussi à soulager les tensions sur les devises.
Enfin, l’excédent du compte courant devrait s’élargir en 2026 : les exportations devraient croitre plus rapidement que les importations. Cet excédent devrait suffire à couvrir le déficit du compte financier généré par l’amortissement de la dette publique et des emprunts contractés par les entreprises minières pour leur exploitation, qui excédera les décaissements au titre des programmes du FMI et les IDE. Ceux-ci proviennent principalement d’Australie, d’Afrique du Sud, du Canada, de Chine, des Etats-Unis, du Japon, de Malaisie, et potentiellement de France en cas de concrétisation du projet gazier de Total.
Risque d’instabilité sociale et violences intercommunautaires
Depuis son indépendance, en 1975, le pays est une démocratie parlementaire monocamérale. James Marape est premier ministre depuis 2019. Il obtint un second mandat à l’occasion des élections législatives de 2022, grâce à la coalition hétéroclite d’une multitude d’élus indépendants et de micro-partis – une configuration habituelle dans le pays. Il devrait rester en poste jusqu’au terme de son mandat en 2027, après avoir déjoué deux motions de défiance en septembre 2024 et avril 2025. Si la réduction du déficit public et la prévention d’une reprise du conflit armé avec les sécessionistes de Bougainville – moyennant la reconnaissance de leur aspiration à l’indépendance de l’île et le transfert au gouvernement insulaire des parts dans la mine de cuivre – sont appréciés, le mécontentement face au coût de la vie, au chômage et à la faible redistribution des revenus miniers continue de croître.
Dans ce climat de frustration et de manque d’opportunités économiques, particulièrement prégnant chez les jeunes, les affrontements entre gangs et tribus, ainsi que les agressions envers les femmes accusées de sorcellerie, deviennent de plus en plus fréquents et brutaux, surtout dans les Highlands (à l’intérieur des terres), provoquant l’exode des familles vers les zones urbaines. Le renforcement des moyens de la police et de l’armée – dont une partie des effectifs demeure corrompue et, parfois, excessivement violente – ne suffira pas à résoudre cette crise, ni à lutter efficacement contre les trafics d’armes, d’êtres humains et de drogues, facilités par la forme archipélagique du pays, sans une implication accrue des communautés locales.
Sur le plan international, la Papouasie Nouvelle Guinée entretient des relations étroites avec les membres du Commonwealth, particulièrement ceux disposant d’une forte expertise minière – Afrique du Sud, Canada et surtout Australie. Cette dernière demeure sa principale partenaire : elle constitue un débouché important pour les exportations de minerais, une pourvoyeuse majeure d’aide au développement et d’IDE dans les infrastructures et les mines, ainsi qu’une alliée militaire de premier plan, à la suite de deux accords signés en 2023 et 2025 – le premier consacré à la lutte contre les trafics, le second pour l’assistance mutuelle en cas d’agression. Le partenariat militaire s’étend également aux Etats-Unis, qui ont fait de la Papouasie un poste avancé de leur présence dans le Pacifique Sud en implantant des dizaines de bases navales à travers l’archipel, en échange d’un soutien au développement des forces armées et à la lutte contre les trafics. Enfin, les deux plus grands débouchés commerciaux de la Papouasie demeurent le Japon (GNL et cuivre) et la Chine (GNL, nickel, bois). Cette-dernière cherche à renforcer son influence, à la fois par la voie financière – en comblant en partie le vide laissé par la cessation des activités de l’USAID, et par ses investissements et prêts – et par la voie commerciale, à travers la négociation d’un accord de libre-échange bilatéral, auquel s’opposent les Etats-Unis et l’Australie.

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